Il a plu une bonne partie de la nuit, de 1h à 6h environ où ça a commencé à se calmer. Mais cela repart de plus belle vers 6h30 et la prévision est à la pluie pour toute la journée ou presque… Bon ben quand faut y aller, faut y aller! Malheureusement, comme évoqué dernièrement, nous n’avons pas le choix et nous devons avancer car sinon nous loupons le ferry. L’étape d’aujourd’hui n’est pas courte : 70 km prévus.
Nous sortons de la tente, enfilons les manteaux direct, rangeons ce qui peut l’être… idem pour les enfants qui s’habillent dans la tente. Évidemment ils ne peuvent pas résister à la tentation de jouer sous la pluie. Pendant ce temps nous préparons le petit déj dans la minuscule cuisine commune du camping. Petite certes, mais elle a le mérite d’exister car cela fait bien longtemps que nous n’avions pas eu de camping équipé de salle à l’abris.
Nous occupons tout l’espace (il n’y a que deux tabourets) et les autres campeurs (qui sont très peu nombreux) ont la bonne idée de ne pas sortir de leur tente ou van. Oui, ce n’est pas comme le camping de la veille, ici c’est vide et ça ne s’est pas rempli après notre arrivée. 3-4 autres campeurs pas plus sur un terrain immense ! Nous avons même notre douche et toilette privatives avec clé !! Florian est fan.
Après avoir petit déjeuné, nous replaçons bol et tasse dans nos sacoches. Nous tentons de ranger plus ou moins au sec.
Pour la tente, c’est une autre affaire. Nous enlevons les sardines et déplaçons la tente dans l’espace dédié à la vaisselle : il y a un peu de place mais c’est couvert.
Ça n’empêche pas la tente d’être totalement détrempée mais au moins on peut plier et éviter que la partie « intérieure » ne soit trop mouillée. Bon mission accomplie.
Nous organisons les sacoches sur les vélos en essayant de protéger les vêtements genre polaire. Et puis il faut se décider à partir !!
C’est carrément le déluge. Nous attendons 5 minutes mais il semblerait qu’il soit inutile d’attendre ; nous partons ! A peine avons nous franchi la barrière d’entrée que nous sommes déjà largement trempés… J’ai essayé d’être optimiste depuis le réveil en répétant qu’une petite pluie n’allait pas nous faire de mal… je dois avouer qu’une fois dessous c’est quand même dur !!
Ça tombe vraiment très fort d’une pluie qui mouille instantanément… ça n’a rien d’un petit crachin. C’est plutôt une pluie diluvienne style cérémonie d’ouverture des JOs (en tout cas ce qu’on en a lu).
Nous avons roulé sous la pluie depuis le début de cette aventure et aussi lors d’autres voyages à vélo, mais partir le matin alors qu’il pleut c’est vraiment rare… et nous savons pourquoi ! C’est vraiment difficile de démarrer sous la pluie.
La visibilité est très limite, je ne peux pas bien guider car j’ai mon téléphone dans la poche, il est trempé et mes mains aussi. J’ai les chaussures pleines d’eau… dès que je tourne les pédales j’ai l’impression de soulever une tonne.
Nous avançons ainsi très péniblement sans nous arrêter. Nous atteignons vers 10h un village que j’avais repéré car il y avait une supérette ouverte (nous sommes dimanche) ; nous avons roulé 12 km… qui en paraissent 30 au moins ! La supérette en question est bien là, en face un d’grand resto avec une terrasse couverte, le tout semble fermé. On va y poser les vélos. Nous sommes tous détrempés !!! C’est assez fou. Même Virgile et Ernest, la carriole prend un peu l’eau et ils ont les pieds mouillés.
Mais Abel, Florian et moi sommes trempés jusqu’aux os…
Le resto est bel et bien fermé donc pas possible pour un café. Mais la supérette est une sorte de « seven / eleven » pour ceux qui connaissent… avec cafés d’autoroute, hot dog et autres sandwichs chauds.
Je me dirige vers la supérette, Florian et les enfants me rejoignent car on va se réchauffer avec un bon café d’autoroute… la porte est fermée, je frappe, la dame m’ouvre sans sourire… je crois qu’en fait ça ouvre à 11h (il est 10h20). Je rentre sans vraiment me rendre compte du problème. Quand les enfants arrivent on se met tous d’accord pour manger des hotdogs. Mais la dame nous dit que c’est pas possible car le magasin n’ouvre qu’à 11h ! Donc en fait elle m’a ouvert mais ce n’est pas ouvert ahah. Bon on peut faire nos courses et prendre un café. C’est déjà ça. On se réchauffe un peu puis on ressort car nous ne pouvons pas squatter là…
Entre temps la dame du resto est apparue et nous propose de rentrer nous mettre au chaud. Ce que l’on accepte volontiers. Elle est extrêmement gentille ! Elle propose un café à Florian, ramène des biscuits pour les enfants et même des serviettes de toilettes pour qu’on se sèche ! Tellement gentille. Elle ne parle pas un mot d’anglais donc encore une fois les échanges sont limités mais sa gentillesse est communicative.
Nous sommes bien tentés de rester ici… Nous pourrions, une fois la pluie calmée, pédaler jusqu’à la ville où nous voulions arriver pour déjeuner (au km 44, soit dans 32 km encore) et y rester pour dormir plutôt que d’aller au bout des 70 km…
Mais nous savons aussi que nous ne pouvons pas traîner !
Donc après avoir séché un peu, nous repartons. Il est au 11h largement passé. La pluie n’a pas diminué, bien au contraire, et à ça s’ajoutent maintenant des bourrasques de vent très violentes. Je manque de tomber sur le côté sous le coup de plusieurs bourrasques, ensuite je suis obligée de m’arrêter tellement le vent est fort, et 2 énormes branches d’arbres tombent violemment sur la route à 10 m de nous ! Ça devient carrément dangereux.
Au niveau de l’humidité ce n’est même plus la peine de décrire… nous sommes des flaques !! Franchement c’est vraiment très rude. Jusque là, l’étape la plus dure selon moi. Seul Abel garde le moral. Il est même carrément content ! Il roule dans les flaques immenses, il ne voit pas ce qui nous dérange… même le vent ne lui attaque pas son moral. Il est pourtant bien trempé lui aussi…
Et nous sommes donc partis pour faire 32 km avant le déjeuner. Nous savons qu’il n’y a rien entre le village où nous nous sommes réchauffés et la petite ville où nous allons. Donc quand nous sommes repartis à 11h et quelques nous savions que c’était pour 32 bornes sous la pluie, et le vent !!
Nous avançons bien moins vite que prévu. Vérifier l’itinéraire prend du temps, on roule doucement par prudence, et nous avons des portions dans les chemins qui sont carrément laborieuses…
Pour finir, la ville en question se trouve en haut d’une colline. Je n’avais pas vu ça sur le profil du parcours car nous n’avions pas prévu de passer dans le centre de la ville de Chelmno. Bref histoire de bien nous achever, il est presque 14h, nous avons faim, froid et nous sommes fatigués ! Arrivés en haut, nous découvrons une jolie ville qu’il aurait été dommage de louper. Le temps s’éclaircit un peu et… c’est la fête au village !! Une estrade, de la musique, plein de petit restos temporaires ! Nous qui avions peur de ne trouver que des portes closes pour un dimanche en Pologne (c’est ce que nous avions constaté dimanche dernier), nous avons finalement l’embarras du choix. Et nous arrivons au moment où tout le monde sort de table. Parfait !! Il n’en faut pas plus pour ragaillardir le moral des troupes.
Nous essayons de faire sécher ce que l’on peut : vestes, chaussures (c’est peine perdue mais bon…) et nous mangeons de la nourriture de snack (nuggets, frites etc…). De toute façon nous serions prêts à avaler n’importe quoi.
Les enfants sont contents, c’est la fête sur la place, il y’a de la musique polonaise, les femmes portent toutes des couronnes de fleurs et nous sommes arrivés après la pluie.
Bon par contre il nous reste encore 27 km de vélo.
Une fois repus et après avoir fait le tour de la place, nous ne tardons pas à repartir. La pluie a cessé mais pas le vent… mais bon juste la pluie en moins, nous avons l’impression de revivre ! Nous roulons à vive allure.
D’ailleurs, nous découvrons le paysage car ce matin nous ne voyions rien et nous étions concentrés sur autre chose, c’est plutôt sympa, moins agricole, entre prairies et forêts.
La région est à moitié désertique, certes la météo n’a pas aidé mais nous n’avons croisé personne depuis ce matin. La route que nous empruntons est une petite route entre les prairies et la Vistule. Nous ne voyons pas le fleuve car il est un peu plus loin derrière la forêt.
Nous séchons un peu grâce au vent… avant de nous reprendre une petite averse. Pas grand chose heureusement.
La fin de l’étape est fastidieuse, tout le monde fatigue (Abel y compris pour le coup!) et l’itinéraire n’est pas évident à suivre. Je me trompe plusieurs fois (sûrement à cause de la fatigue aussi).
Vers la fin, nous montons sur une digue et la, Wahou, la Vistule apparaît sous nos yeux à l’heure où le soleil décline. Abel s’écrit « la mer!! » haha non pas encore la mer, nous la rejoindrons dans quelques jours.
Au bout de cette digue le chemin se transforme en un mur dans la terre… avec des escaliers… donc… détour pour contourner ce passage qui n’est pas une option pour nous ! Nous voudrions arriver… Encore 5-6 km. À la fin nous suivons une superbe route dans la forêt, et au bout : le camping ! En pleine forêt également. Il est 18h!!! Nous sommes rincés (c’est le cas de le dire…) et il faut enchaîner douche, dîner, etc…
Nos sacoches sont trempées et pleines de sable suite aux passages dans les chemins. Toutes nos affaires sont humides… nous entamons un grand déballage pour profiter des derniers rayons du soleil et du vent.
Puis douche bien chaude, quel plaisir ! Et dîner.
Abel râle un peu pour écrire son carnet… carnet qui d’ailleurs est tout trempé lui aussi ! Il va falloir le faire sécher comme le reste des affaires.
Nous allons étudier l’itinéraire ce soir car demain : 60 km, le lendemain : 85 km, le surlendemain : 50 km avec un ferry de nuit au bout… on se dit que ça fait beaucoup.
Une bonne nuit de sommeil nous aidera à décider aussi.
Normalement pas de pluie prévue cette nuit ! Nous croisons les doigts.